A l’heure où j’écris ces lignes nous sommes arrivés à Saraguro. J’entends des coqs prêts au combat se rompre la gorge (ces combats font fureur en Equateur); j’ai vue sur une fête foraine à peine digne de ce nom vus les 4 chapiteaux qui la composent. Nous avons demandé l’hospitalité aux pompiers (conseil cycliste en Equateur) et leur cour est pleine de coqs.
Bon, je m’égare car je suis censée vous raconter nos premières roues dans ce pays, à l’époque où Lucie était encore avec nous. Cela me parait bien loin, j’ai pris beaucoup de retard.
Donc passer la frontière équatorienne signifiait pour nous quitter le bleu de l’océan et ses routes plates pour de vertes montagnes et ses routes pentues. A Saracay nous nous apprêtions à loger sur un terrain de volley quand Manuel nous invita chez lui. Nous restions avec sa femme et ses deux enfants le temps d’une journée pluvieuse. De là les choses se corsèrent, tous les jours nous affrontions des montées de plus en plus longues. A Balsas, Lucie qui devait bientôt rentrer en France abandonna le vélo, nous la rejoignions une semaine plus tard à Cuenca.
La route qui nous attendait allait mettre à rude épreuve notre mental. La carte indique 22km jusqu’à Chaguarpamba. On sait que ça va monter, on y est préparé. Les premiers 10km de montée passent donc sans trop de problèmes, les 10 qui suivent sont en descente, jusque là nous sommes contents. Mais bientôt le goudron laisse place à un chemin de terre caillouteux et ça remonte. Au bout de 30km on est un peu perplexe quant à la véracité de la carte alors on se renseigne auprès des gens que l’on croise : « Oh ce n’est plus très loin ». Bon, on continue, et à chaque village on espère que ce soit le bon…mais on demande et on avance ainsi de « encore 3-4 kms », à « dans quelques virages vous y êtes ». Mais le village n’apparait pas, on a bientôt fait 50km, on est plus que crevé et malgré tout on tient à arriver à ce village. Ne me demandez pas pourquoi, à ce point de fatigue il faut un but, un leitmotiv pour avancer. Notre point de mire est ce fameux village qui semble reculer ou qui se cache derrière toujours plus de montagnes. La nuit arrive et je demande encore une fois à une petite vielle où se trouve ce putain de village. Elle m’indique que bien sûr ce n’est plus très loin, juste après ce virage. Et comme beaucoup de personnes l’ont fait durant ce voyage, elle me demande un peu interloquée : mais pourquoi faire ça à vélo ? Normalement je réponds en rigolant, mais là je ravale mes larmes pour tenter de lui expliquer que c’est beau le voyage à vélo, mais que parfois c’est dur, comme ici, maintenant.
Finalement après 52km on arrive, on se jette dans le premier hôtel et sous la douche chaude (la première depuis bien longtemps car nous sommes en altitude maintenant). Ensuite pour rejoindre Loja la route continue de monter, jusque dans les nuages même. Le brouillard est très dense et nous cache la vue sur les vallées. Mais au virage d’après nous crions de joie à la vue de la descente de 20km ensoleillée qui nous attend. Une énorme sensation de bonheur nous envahit, le vent glisse sur nous et semble nous laver de tous les efforts subis ces derniers jours. On peine à s’arrêter pour prendre des photos et nous doublons des camions, lancés à 54km/h !! A Loja nous laissons nos vélos et rejoignons en bus Lucie à Cuenca pour le carnaval.
Sans se l’avouer on a dans la tête des images des défilés de Rio de Janeiro. Mais rien du tout, la ville a été désertée pour les petits villages alentours, les rues sont vides mais il faut être vigilant. Pas un piéton ne marche sans être inquiet ; guettant les balcons, les voitures qui le doublent, le piéton est à l’affût. Le touriste l’est quant à lui deux fois plus car il est une cible de choix. Il faut bien le dire on est presque mal à l’aise en marchant dans cette ville. On défie du regard quiconque d’un : « non, s’il te plait, pas moi. Et puis je t’ai vu, c’est moins drôle quand on sait ce qui va nous arriver ». On dépasse alors cette personne et à la rue suivante, une petite fourgonnette scolaire s’arrête devant nous, la porte coulissante laisse s’échapper deux jeunes au sourire plus grand que la bombe de mousse qu’ils tiennent à la main. A partir de là on se met à courir en sens inverse, on court vite mais sans vraiment fuir, ce n’est pas drôle sinon. Du coup, le jour suivant on achète tout plein de petits ballons qu’on remplit joyeusement d’eau et on ne se ballade plus sans ces précieuses bombes à eau. Il faut dire qu’il y a des pick-up armés jusqu’aux dents : 4 personnes autour d’une énorme bassine débordant d’eau et de bombes à eau. Ça canarde à tout va. Impossible d’y échapper, c’est comme ca dans toute la ville, il fait chaud alors vraiment on se marre bien. Même les chauffeurs de taxi nous doublent en nous arrosant avec leurs essuie-glaces ! Nous, tant qu’on a des munitions on reste à notre balcon et on balance, on a particulièrement aimé les bus touristiques à toit ouvert qui passent juste en dessous du balcon. Certains coins de rue étaient soigneusement évités. De loin on pouvait voir les seaux d’eau qui volaient sur et de ces fameux 4×4 que le chauffeur avait gentiment arrêté, histoire que ses occupants se fassent aussi copieusement arroser. Des voitures s’échappait de temps en temps de la mousse ou une bombe à eau. Même les retraités sur leur balcon envoyaient des bombes, la sagesse prise au jeu !!Presque nous partions de Cuenca la peau gercée d’avoir été tant mouillés ! On a beaucoup aimé cette joyeuse ambiance, aucune agressivité dans ces lancers même si les bombes à eau ça fait parfois vraiment mal.
La sirène des pompiers me ramène là où je suis vraiment, à Saraguro. Je vois Joël qui essaie la tenue de pompiers, les coqs continuent de chanter, j’ai comme un doute sur la tranquillité de la nuit.
et bien sur les photos
P.S : Attention, blague d’origine sicilienne et complètement nulle : Mr et Mme « enhautdelamontagnefautallerlachercher » sont en Equateur, où habitent-ils ? La réponse est dans le texte.

Salut Jacinthe,
Juste une p’tite pensée pour toi, à la lecture de tes aventures.
Continues & profites-en.
Biz
Isma
si c est dur c est que c est bon !! eclate toi bien et mi aout mi septembre ya moyen que tu viennes de detendre dans la piscine chez mon pere…
pour la blague je dirai : la victoire, la gloire donc en espagnol ca donnerait victoria ou gloria… je brule ou je n y suis pas du tout ?
a tres vite biz
tu n’y es pas du tout, c’etait Saracay, et c’est parce que ca se prononce Saracaille… c’etait ptet trop nul en fait!